Le set-jetting, c'est voyager pour des lieux qu'on a d'abord vus à l'écran. Une silhouette de ville aperçue dans un générique, le café d'une scène de rupture, la falaise qu'un dragon a survolée : on arrive en terrain déjà connu, et le voyage prend des airs de chasse au trésor. Bien mené, c'est l'une des plus belles façons de partir. Mal mené, ça encombre une rue résidentielle tranquille d'inconnus qui prennent tous la même photo. Voici comment bien le faire.
Ce que veut vraiment dire « set-jetting »
Le terme désigne simplement le fait de choisir une destination parce qu'on y a tourné quelque chose. Rien de neuf, on fait des pèlerinages dans les villes de cinéma depuis des décennies, mais le streaming a tout accéléré. Une seule saison à succès peut envoyer à une petite ville assoupie une année entière de visiteurs en un été. Tant mieux pour les commerces, plus rude pour la vie locale : c'est la tension que tout set-jetter avisé doit garder en tête.
Une chose à comprendre : un « lieu de tournage » peut recouvrir deux réalités très différentes. Certains décors sont de vrais lieux, identifiables, où l'on entre directement. D'autres sont des montages malins : un extérieur tourné dans un pays, un intérieur bâti en studio dans un autre, et une skyline numérique par-dessus. Savoir lequel est lequel avant de partir évite un long détour pour rien.
Préparez le terrain avant de partir
Un peu de repérage transforme une vague envie en vrai itinéraire :
- Vérifiez que le lieu est authentique. Blogs de production, film commissions régionales et offices de tourisme publient en général les vrais lieux. Si un endroit n'apparaît que sur des sites agrégateurs sans source, tenez-le pour non confirmé.
- Regardez accès et horaires. Beaucoup de décors mythiques sont des maisons privées, des hôtels en activité ou des monuments à billet horodaté. Tel château qui jouait une forteresse n'ouvre peut-être que trois jours par semaine.
- Pensez à la saison. La lumière qui faisait une scène n'existe parfois qu'à une certaine période ou heure. Le lever du jour et l'heure qui suit le coucher vous donnent aussi le moins de monde.
- Visez une grappe, pas un point. La plupart des villes de cinéma comptent plusieurs décors à distance de marche. Groupez-les pour tracer un parcours, plutôt que de zigzaguer pour une seule photo.
Visitez en invité, pas en repéreur
La règle qui compte le plus : ces lieux sont habités et font vivre des gens.
Une rue n'est pas un plateau de cinéma le lendemain du départ de l'équipe. Elle redevient le pas-de-porte de quelqu'un.
Baissez la voix sur les places résidentielles. Ne bloquez ni portes, ni vitrines, ni ruelles étroites pour une photo. Si un lieu est une habitation ou un commerce, admirez-le depuis le trottoir et passez votre chemin. Dépensez sur place, au café du coin, au musée qui protège la ruine, pour que votre passage laisse autre chose que des semelles.
Une check-list toute simple
- Choisissez un titre et listez les lieux que vous voulez vraiment voir.
- Vérifiez que chacun est un lieu réel et accessible.
- Réservez à l'avance tout ce qui demande un billet ou une table.
- Regroupez les lieux en un parcours à pied ou en courte voiture.
- Calez où dormir à proximité et comment vous déplacer.
- Partez tôt, marchez léger, et laissez l'endroit en meilleur état qu'une foule ne le ferait.
Ce dernier point est tout le jeu. Les meilleurs voyages set-jetting vous renvoient chez vous avec la scène et la conscience tranquille, et laissent le lieu en assez bon état pour que le voyageur suivant, et ceux qui y vivent, soient contents que vous soyez venu.